La méritocratie
n'existe pas.
Une vérité inconfortable que l'industrie du design fait semblant d'ignorer depuis trop longtemps.
Me contacter01 · Le mythe fondateur
Travaille dur.
Tu réussiras.
Le terme « méritocratie » a été inventé en 1958 par le sociologue britannique Michael Young : une satire. Une mise en garde contre une société qui confondrait talent apparent et justice sociale.
Soixante ans plus tard, l'industrie tech et design l'a adopté comme un idéal à atteindre. Le portfolio parfait, le side project, les 10 000 heures. Si tu n'as pas réussi, c'est que tu n'as pas assez travaillé.
« The meritocracy was intended as a warning. The book was a satire. I had hoped it would be recognised as such. »
02 · Dans le design, encore plus qu'ailleurs
Le portfolio comme filtre de classe.
Accès aux outils
Figma, Adobe CC, MacBook. Les outils du métier coûtent cher. Le candidat sans ces ressources part perdant avant même le premier entretien.
Le réseau invisible
Les stages non rémunérés, les hackathons à Paris, les conférences à 400€. Le "bon profil" ressemble souvent à "la bonne école dans la bonne ville".
Le temps libre
Les side projects supposent du temps non rémunéré. Tous les candidats n'ont pas le luxe de travailler gratuitement le soir après une journée à mi-temps.
Les biais cognitifs
L'effet de halo, le biais de conformité, l'affinité culturelle. Un portfolio "propre" ressemble souvent aux portfolios des recruteurs quand ils avaient 25 ans.
03 · Ce qui compte vraiment
Les vrais facteurs de réussite.
Ce ne sont pas les compétences pures qui décident d'une carrière. Ce sont les structures dans lesquelles on évolue.
« Si la méritocratie est une aspiration, ceux qui échouent peuvent toujours blâmer le système, mais si la méritocratie est un fait, ceux qui échouent sont invités à se blâmer eux-mêmes. »
04 · L'impact sur le design lui-même
Si les designers se ressemblent,
les produits aussi.
L'homogénéité des équipes produit n'est pas une anecdote RH. C'est un problème de qualité UX.
Qui conçoit décide quels problèmes existent.
Un système de reconnaissance faciale entraîné sur des visages blancs. Une app de santé féminine conçue par des hommes. Ce ne sont pas des bugs techniques. Ce sont des angles morts humains, structurels, prévisibles.
L'accessibilité n'est pas une option.
15 % de la population mondiale vit avec un handicap. Les équipes UX homogènes sous-estiment systématiquement ces besoins. Concevoir pour tous commence par être tous différents.
Les dark patterns viennent de quelque part.
Un designer qui n'a jamais eu à compter ses abonnements ne mesure pas ce que coûte un désabonnement difficile. L'empathie n'est pas un talent inné, c'est une expérience vécue.
La recherche utilisateur est politique.
Choisir qui on interroge, comment, et ce qu'on fait des insights : tout ça est une décision. La diversité des équipes influence directement la diversité des données qu'on collecte.
05 · Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Nommer le problème,
c'est déjà agir.
Reconnaître que la méritocratie est un mythe ne signifie pas abandonner l'excellence. Ça signifie être honnête sur ce qui la freine.
Transparence des processus de recrutement. Critères explicites, grilles d'évaluation publiques, feedback systématique aux candidats.
Mentorship ouvert. Partager ses connaissances sans attendre un retour. Ouvrir les portes qu'on nous a ouvertes, et celles qu'on a dû forcer.
Design systémique. Concevoir des processus, pas des exceptions. Les accommodements individuels ne remplacent pas une architecture juste.
Valoriser les trajectoires atypiques. Reconversion, autodidaxie, parcours non-linéaire. Ce ne sont pas des handicaps. Ce sont des perspectives.
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